Beyrouth 2003

Beyrouth : capitale du dialogue culturel euro-arabe
L’A.U.F : une priorité pour les jeunes
Revue de presse :
  - Ad-Diyar 29/10/2003
  - Al Anwar
  - An-Nahar 29/10/03
  - L'Hébdo Magazine 31/10/2
  - L'Orient Le Jour 29/10/0
  - L'Orient Le Jour 30/10/0

 

Pourquoi Beyrouth ?
Au-delà de la publication du supplément pour le 31 Octobre 2003 dans «An-Nahar» sous le titre, «Beyrouth, capitale du dialogue euro-arabe», réunissant des signatures d’écrivains, d’intellectuels et d’artistes représentant les courants de pensée du monde arabe et français, notre association s’est engagée dans plusieurs autres opérations concrètes sur le terrain, dont ce rapport d’activités rend compte, et nous offre matière à réflexion.

Pourquoi Beyrouth ?

Son rôle de capitale culturelle ne date pas d’hier, et les liens franco-libanais – aussi loin que l’on remonte dans l’Histoire – ne sont pas une découverte.

Une nouvelle preuve nous en a été donnée – par le succès populaire dans ce petit pays de culture arabe – d’une manifestation telle que Lire en musique, ce Salon du Livre Francophone qui a mobilisé du 31 Octobre au 9 Novembre 2003 environ 80.000 visiteurs.

Toutefois, cet événement préparé par les services culturels de l’Ambassade de France avec le concours des maisons d’édition et des auteurs français auxquels sont venus se joindre également des maisons d’éditions libanaises publiant des auteurs francophones du Proche-Orient, ne saurait être un lieu de rencontres et d’échanges pour ceux qui ne maîtrisent pas notre langue mais qui souhaitent partager nos valeurs.

Autrement dit, nous en venons à nouveau au concept d’une francophonie élargie, qui sous-entend une certaine vision de la société, voire une alternative à la globalisation.

Dans ce sens, notre association « Pour le Dialogue des Cultures », s’est assigné un travail sur le terrain, pour fédérer également au Liban et dans le reste du Machrek et du Maghreb des couches de la population arabophone déterminées comme nous-mêmes à défendre leur diversité culturelle, comme choix de société et mode de vie.

Ce raisonnement explique depuis Octobre 2002, les liens privilégiés entretenus avec le groupe de presse arabophone « An-Nahar », qui publie notre supplément, mais qui dispose, par ailleurs, d’un beau catalogue d’œuvres littéraires en français publiées par sa propre maison d’édition « Dar An-Nahar », connue par le recueil de poèmes de Nadia Tueni sans oublier les essais philosophiques et politiques de Ghassan Tueni, véritable symbole à lui tout seul du pluralisme d’opinions au cœur des médias libanais, et de la défense des valeurs démocratiques, et de la liberté d’expression.

Ce partenariat d’idées qui se traduit aussi par une action concrète sur le terrain est l’une des voies que nous cherchons pour pérenniser les échanges et le dialogue.

Parallèlement aux retombées médiatiques du supplément paru dans « An-Nahar » , quotidien à gros tirage, nous avons établi avec les universités libanaises de Beyrouth des échanges réguliers qui remontent à 1998.

Un lien inter-actif

Loin d’être formelles, ces relations sont inter-actives : des artistes ou écrivains français organisent dans les amphithéâtres des colloques et débats contradictoires, tandis que notre association facilite les échanges, les stages, ou manifestations libanaises en France, du côté des établissements spécialisés.

L’expérience que nous avons vécue avec l’Université du Saint-Esprit de Kaslik représente l’exemple même du dialogue culturel vécu comme un échange, et non pas comme une proposition unilatérale importée de France sans concertation, et sans savoir si elle correspond sur le terrain à un vrai besoin.

L’idée d’inviter un écrivain français capable d’analyser l’émergence des nouvelles technologies dans la création littéraire, nous a été proposée par le directeur du Département des Arts Visuels et Scéniques, Paul Zgheib, qui avait bénéficié en 1998 d’une convention d’échanges inter-universitaires établie par l’A.F.A.A. à la suite du cycle de conférences données à l’U.S.E.K. par Raymond Depardon et Denis Roche dans le cadre du Mois de la Photo au Liban.

L’Institut pour le Dialogue des Cultures s’est alors rapproché d’Adrien Goetz, historien d’art et maître de conférences à la Sorbonne, qui possède la double qualité d’auteur d’ouvrages de référence tels que la galerie des peintures, réunissant les chefs-d’œuvre du Musée d’Orsay, du Centre Pompidou et du Louvre, et qui vient de publier par ailleurs un premier roman intitulé WEBCAM (éditions Le Passage).

Le 30 Octobre 2003, Adrien Goetz, face aux étudiants et aux professeurs réunis dans le grand amphithéâtre de l’U.S.E.K. a engagé avec un public passionné un dialogue contradictoire à la fois sur le patrimoine, l’esprit muséal, et l’apport de la Toile du Côté de l’initiation à cet univers.

Dans la deuxième partie de la soirée, la question qui faisait débat tournait autour de l’avenir de la création artistique digitale, et du statut éphémère d’une œuvre qui n’implique pas la possession concrète, ce qui pour l’instant la prive d’une vraie place sur le marché de l’art.

À sa surprise, Adrien Goetz a découvert chez certains étudiants du Département des Arts Visuels et Scéniques des projets aboutis d’une vraie originalité.

Voilà ce que nous appelons en peu de mots un lien culturel inter-actif, le seul à permettre un véritable enrichissement mutuel…

LA PREUVE PAR L’IMAGE

Dans le cadre de notre mission, nous avons voulu faire connaître à travers les deux films qu’il a réalisés pour la Maison Européenne de la Photographie, le regard d’un cinéaste franco-libanais – Jean Merhi – dont la sensibilité et le discours sont symboliques du métissage harmonieux des deux cultures qui nous préoccupe.

En conséquence, l’auditorium de l’U.S.E.K. a projeté pour la première fois le 30 Octobre 2003 « l’enfermement », une exposition de photos reflétant le musée imaginaire de Bernard Lamarche-Vadel, et « Une passion française », document unique sur la collection privée de Roger Thérond, accompagné de son discours captivant sur les diverses étapes vécues par la création photographique des origines à nos jours.

Sur ce point, le film nous rappelle que le Liban aura été – dès le départ – une terre d’élection de l’image fixe avec les ateliers des Jésuites , le fonds patrimonial de Bonfils, et les premières prises de vues sur les sites fouillées par les archéologues.

Cette preuve par l’image qui vient illustrer – à travers la collection privée de Roger Thérond – les cours d’histoire de la photographie donnés par Paul Zgheib aux étudiants de son Département des Arts Visuels et Scéniques – fera l’objet d’un dialogue avec Jean Merhi à l’issue de la projection dans le grand amphithéâtre.

L’information sur cet événement ayant bien circulé, on comptait dans l’assistance un certain nombre d’étudiants de l’Université Saint-Joseph et de l’Académie Libanaise des Beaux-Arts, sans oublier un groupe d’arabophones venus en provenance de l’Université de Balament.

Ce détail nous semble d’autant plus important à signaler, que les films présentés n’avaient pas de sous-titres ni en arabe, ni en anglais. En conséquence, Jean Merhi a engagé avec ces étudiants un dialogue en arabe, la plupart d’entre eux ayant participé à la fois au premier « Mois de la Photo au Liban », organisé en 98 par notre association, et à la seconde édition de 99 qui a bénéficié du concours des municipalités à l’échelon régional.

En d’autres termes, l’important pour l’association n’est pas la « mostration » unilatérale d’œuvres françaises, mais l’élan donné sur le terrain à de jeunes créateurs qu’il s’agit de fédérer autour d’une certaine vision de la culture. Cette ardente obligation implique de dépasser le clivage entre ceux qui pratiquent notre langue et tous les autres, en décidant que le partage des mêmes valeurs l’emporte sur le souci de la francophonie au sens strict du terme.

Le même phénomène s’est reproduit tout à la fois au Centre Culturel Français de Beyrouth, et au nouveau C.C.F. de Jounieh, ces deux lieux ouvrant la voie à ce dialogue euro-arabe inter-actif qui est en train de succéder peu à peu à l’image d’une enclave exclusivement francophone, et par conséquent repliée sur elle-même.

L’intérêt de cette stratégie selon Frédéric Clavier, le Conseiller Culturel de l’Ambassade, tient à la complémentarité du travail institutionnel préconisé par le Ministère des Affaire Étrangères et les actions sur le terrain entreprises et gérées par des associations comme la nôtre dont le rôle est de mettre en œuvre des initiatives intéressant toutes les composantes de la population, au-delà des circuits traditionnels acquis à cette politique.

Enfin, c’est à partir de l’expérience vécue cette année que nous avons l’intention d’étendre ce projet aux autres pays du Machrek et du Maghreb, et aux différents organismes européens intéressés par l’essor de la diversité culturelle.

D’ores et déjà, d’autres groupes de presse arabophones souhaitent s’associer sur l’exemple de « An-Nahar » à notre initiative, sans oublier la synergie avec R.F.I. excellent vecteur de communication pour l’avenir de ce projet.

Pour renforcer les moyens d’action de notre association, nous aimerions obtenir dans l’ensemble des pays arabes un soutien financier de la part des entreprises françaises présentes dans chacun des pays.

Enfin, dans la perspective du Sommet des chefs d’État qui aura lieu à Ouagadougou en Juillet 2004, nous préparons un numéro spécial consacré aux différentes fractures sociales ou culturelles des pays francophones en voie de développement...

 Henry Chapier



 
 
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